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Les pastiches des Dix Sept Marches

Cette nouvelle a reçu le premier prix du grand concours Sherlock Holmes et l'an 2000, qui a été organisé par le Cercle des Sites Holmesiens Francophones

L'Aventure de l'Horloge menaçante

Par Katre TALVISTE

Traduction française par Françis Segond

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Mon ami Sherlock Holmes était d'une humeur particulièrement irritable en cette fin d'année 1899. Cela n'avait rien d'inhabituel en cette période de l'année, puisque Holmes, méprisant comme toujours la moindre sentimentalité, faisait peu cas des festivités de Noël, qu'il appela même, cet après-midi là, "le règne de l'hypocrisie sincère".

« Voyons, Holmes, » protestai-je, « ce qui est hypocrite ne peut être sincère.

- Peut-être pas du point de vue d'un linguiste, » répondit-il en bourrant sa pipe, passant ostensiblement de l'agacement à la convivialité, « mais psychologiquement, cela est tout à fait possible. Vous admettrez évidemment que tout au long de l'année, un nombre incalculable de représentants de la race humaine montre ou rencontre la face la plus sombre de sa nature. Il n'y a pas que des crimes réels et sérieux qui me viennent à l'esprit, mais toutes ces petites choses irréfléchies et sordides que peu d'entre nous sont réellement capables d'éviter. Vous vous souvenez assurément de l'affaire Sutherland qui, j'en ai bien peur, semble plus exceptionnelle par la minutie et l'originalité de sa conception que par sa nature profonde.

- Vous avez sans doute raison, mais pourquoi reprocher aux gens les efforts qu'ils font pour s'amender ? C'est là, je pense, l'esprit de Noël.

- Parce que, une fois Noël passé, l'esprit de la fête a également disparu. Je ne veux pas dire que tout le monde fasse semblant de s'approprier cet esprit : au contraire, c'est habituellement une tentative sincère. Mais tout est malheureusement oublié le soir du nouvel an. Si la bonne volonté, qui littéralement inonde en ce moment les rues de Londres, était répartie sur toute l'année, il y aurait alors une réelle amélioration.

- C'est vrai, » dis-je, « mais se pourrait-il, Holmes, que vous parliez ainsi par mécontentement professionnel ? Aucune affaire ne s'est présentée depuis Noël et c'est cela qui vous dérange en ce moment. »

Il me lança un regard irrité et amusé à la fois.

« Je ne peux tromper quelqu'un qui me connaît aussi bien que vous le faites, Watson. Mais je doute fortement que l'absence d'affaires soit le fruit de votre Esprit de Noël. Il y a toujours quelqu'un qui préfère y trouver un avantage plutôt que de se laisser envahir par lui. Et cela, si je puis dire, est une autre caractéristique embarrassante de cette période. Je suis donc assez surpris que ce Noël-ci ne nous ait encore procuré aucun problème à résoudre. Puisque, » et il jeta un coup d'œil de reproche au journal qu'il avait laissé tomber par terre quelques minutes avant, « des bagatelles comme un cambriolage dans une bijouterie du Sussex ou la célébration allemande du nouveau siècle font les titres de la presse nationale, quel fascinant problème serions-nous en droit d'attendre ? Le seul souci du pays semble résider dans le fait que le Kaiser ne sait pas compter jusqu'à cent. »

Avant que je pusse répondre, nous entendîmes la sonnette et notre logeuse répondre à la porte. La personne qu'elle introduisit faisait montre d'une telle agitation qu'elle n'attendit pas que Madame Hudson nous remît sa carte pour se précipiter des escaliers directement dans notre salon. A part cela, le gentleman d'âge moyen qui se tenait maintenant à notre porte et nous dévisageait à travers son pince-nez embué semblait se maîtriser parfaitement, bien que son expression fût soucieuse.

« Pardonnez-moi mon intrusion, Messieurs, » fit-il, retirant son pince-nez inutile pour le nettoyer, « mais il m'est indispensable de rencontrer Monsieur Sherlock Holmes.

- Je suis à votre service, Sir, » répondit mon compagnon, l'invitant à s'asseoir près du feu, « ainsi que mon ami et collègue le docteur Watson. »

Notre visiteur s'inclina légèrement vers moi, ôta son lourd manteau et prit la chaise que Holmes lui avait offerte. Celui-ci l'observa pensivement.

« Le fait que vous soyez professeur me donne quelque espoir que vous n'êtes pas venu nous demander de retrouver des bijoux volés, bien que vous arriviez sans aucun doute du Sussex. »

Qu'il connût la provenance de notre homme était indubitablement dû à la présence de taches de boue sur ses bottes, bien que je n'eusse moi-même pu les différencier d'autres boues anglaises. Mais le journal local fourré dans la poche de son manteau était, même pour moi, un indice parfaitement suffisant. Holmes avait suivi mon regard.

« Observez les mains, Watson, » dit-il « elles vous montreront que notre visiteur écrit beaucoup et, je suppose, beaucoup à l'encre rouge. De même, seul l'emploi de la craie affecte à ce point la peau et les ongles. Il y a bien d'autres détails, évidemment, mais comme je ne vois pas de canne portant un monogramme, ni de carnet visible avec une étiquette, je me vois dans l'obligation de vous demander votre nom, Monsieur.

- Excusez mon impolitesse, Monsieur Holmes. Je m'appelle Robert Herriott et je suis enseignant comme vous l'avez correctement remarqué. Je travaille dans le Sussex, dans une école privée d'une petite ville près de Bexhill, tenue par Monsieur Jedediah West. Et, bien que je n'aie aucune idée de ce qui vous a fait penser à cela, mon problème a effectivement quelque chose à voir avec les bijoux volés. »

Une mimique d'inconsolable dérision passa sur le visage de mon ami. Mais l'instant suivant, il était tout intérêt et attention.

« Je vous prie de nous exposer votre problème, Monsieur Herriott » fit-il et il s'adossa à sa chaise.

« Comme je le disais,  » commença le professeur, « je travaille à la West's private School. Nous sommes maintenant en vacances et la plupart des écoliers sont rentrés chez eux. Certains sont restés à l'école, et l'un d'eux est Jeremy Forrester. C'est un garçon de quinze ans, très doué et très travailleur. C'est d'ailleurs pour cela qu'il a été admis chez nous. Venant d'une famille assez pauvre, il peut étudier à West's grâce à une bourse que Monsieur West a créée pour les enfants déshérités de sa ville natale, Rye. Le jeune Forrester a passé quatre trimestres parmi nous, depuis l'automne dernier, et je suis très content de lui ; mes collègues également.

La vie de ce garçon a connu un événement tragique cet été : son père est décédé, le laissant complètement seul au monde, sa mère étant déjà morte. Au retour de chez lui, en automne, il parut très différent de ce qu'il était précédemment. Il n'arrêta pas de travailler, ses résultats n'étaient pas plus mauvais qu'ils ne l'étaient auparavant, mais l'engagement dont il faisait montre autrefois semblait envolé. Il cessa de venir au club scientifique que j'anime pour les garçons passionnés, où il était toujours avide de travailler. Il restait la plupart du temps solitaire, mais assurait tous ceux qui le lui demandaient que tout allait bien, alors qu'il semblait clair qu'il taisait certaines choses.

J'ai pensé que cela provenait du chagrin bien naturel dû à la mort de son père et j'ai tenté de lui faire reprendre goût à ce qui l'intéressait avant, espérant que cela l'aiderait plus facilement à surmonter sa peine. Mais je n'y suis pas parvenu et je n'ai jamais découvert ce qui le travaillait réellement ainsi. J'ai maintenant commencé à craindre que cela soit plus que du simple désarroi. Je m'explique.

Il y eut la nuit dernière un cambriolage en ville. Notre école est à la campagne, à quelques milles de Bexhill, pas très loin. J'ai lu un compte-rendu du vol dans le journal du matin, mais n'y ai pas prêté grande attention. J'ai alors constaté pendant le petit déjeuner que Jeremy Forrester était absent. J'ai pensé qu'il pouvait être souffrant et j'allai dans sa chambre, mais il n'y était pas. Il n'avait pas dormi dans son lit. Il était parti depuis la veille au soir.

- Comment pouvez-vous en être sûr ?

- Il demanda hier une bougie neuve. Elle n'était consumée qu'à moitié. Il n'a dû l'utiliser que peu de temps et je ne pense pas qu'il soit simplement resté assis dans l'obscurité ensuite. S'il n'a pas essayé de dormir, il est donc parti.

- Excellent, Monsieur Herriott ! Qu'avez-vous fait lorsque vous avez constaté que le garçon n'était plus là ?

- Ma première pensée a été d'aller à la police. Mais j'ai trouvé ceci. »

Il mit la main à sa poche et donna à Holmes un morceau de buvard. Il avait été utilisé pour sécher quelque chose écrit à l'encre bleue. Le gros du texte n'avait laissé que des taches bleues, mais au bas du papier quelques mots étaient visibles :

three thousand six hundred: 6

gang

gold

get the gold ?i

Le mot "gang" était en partie maculé à la fin mais le reste était suffisamment lisible.

« Où était-ce ? » demanda Holmes.

« Sur son pupitre. Je me suis alors souvenu de l'article du matin. Je venais juste de lire quelque chose concernant un délit, de l'or volé, des trésors, et je me suis brusquement rendu compte qu'il pouvait avoir quelque rapport avec cette affaire.

- Que voulez-vous dire ?

- Je ne suis pas sûr ! Le garçon s'est comporté de manière étrange pendant tout le trimestre. Je comprends que cela est probablement dû la peine, mais des gens ont fait des choses stupides par chagrin. Et ce cambriolage coïncide de manière bien étrange avec sa disparition. Et ce qu'il a écrit coïncide plus étrangement encore avec le cambriolage. Je n'arrive pas à ma faire une opinion claire de tout ceci. Mais une chose est certaine, je ne veux pas que ce garçon perde toutes ses chances pour s'être mis dans de tels draps au cours d'une crise émotionnelle.

- Etes-vous en train de suggérer qu'il puisse être responsable du vol ?

- Pas seul, je ne le crois pas. Mais il a pu se laisser influencer par quelques voyous de la ville.

- Est-ce que les élèves vont souvent en ville ?

- En principe non, mais ils participent quelquefois à des travaux de charité à l'église, comme de s'occuper des personnes âgées par exemple. A ces occasions, ils sont autorisés d'aller en ville. Jeremy Forrester s'engageait beaucoup dans ces tâches.

- Il est aussi possible, » suggérai-je, « qu'il n'ait pas été lui-même impliqué dans le vol. Il en a peut-être seulement entendu parler.

- En effet, » approuva chaleureusement l'enseignant. « j'ai également pensé à cela. Je crois que les mots sur le buvard proviennent d'une lettre qu'il était en train d'écrire. Comme je ne l'ai pas trouvée, j'ai pensé qu'il pouvait l'avoir prise avec lui, sans doute pour la poster ou la livrer lui-même. Ne croyez-vous pas, Monsieur Holmes ?

- Peut-être.

- Si c'était une lettre, ce pourrait être un avertissement.

- Cela se pourrait.

- De toute façon, Monsieur Holmes, vous devez trouver l'enfant. S'il a des renseignements concernant les bandits, il pourrait être en danger. Je ne peux pas aller à la police, parce que je ne sais pas ce qu'ils trouveront lorsqu'ils se mettront à le chercher. Si nous le trouvons rapidement, tout pourra peut-être s'arranger, quelle que soit la raison de sa fuite.

- A-t-il pris quelque chose avec lui ?

- Des vêtements chauds, son sac à dos, je crois. Je ne sais pas ce qu'il a mis dedans.

- Avait-il de l'argent ?

- Non, les garçons n'ont pas d'argent, ils le remettent à leur arrivée à l'école et Monsieur West en tient le compte. Ils sont autorisés à acheter des choses, selon ce qu'ils ont sur leur compte, lorsqu'un marchand vient à l'école. Et ils reçoivent de l'argent quand ils doivent rentrer chez eux.

- Il n'a pas pu prendre le train alors ? Il est donc parti à pied.

- Je le suppose. D'ailleurs, personne ne l'a vu à la gare, comme je m'en suis assuré en posant ici et là quelques questions discrètes lorsque je suis moi-même parti pour Londres. Il a pu demander à quelqu'un de l'emmener, mais pas avant qu'il n'ait été assez loin de l'école.

- Vous a-t-il paru différent des autres jours, la nuit dernière ?

- Je ne pourrais pas dire cela. Lorsqu'il est venu me demander une chandelle, il m'a donné l'impression qu'il voulait veiller tard pour lire dans sa chambre. J'ai même dû lui rappeler qu'il devait se coucher à dix heures comme tout le monde. »

Holmes demeura assis un long moment, fixant le feu, sa pipe à la main. Puis il sembla avoir pris une décision.

« Ce serait une erreur que de décider quoi que ce soit ou de formuler une quelconque théorie, ici et maintenant, Monsieur Herriott, » dit-il en se levant. « Nous devons aller dans le Sussex avec vous et nous rendre compte par nous-mêmes de ce qu'on pourrait y découvrir. Accordez-nous un quart d'heure et nous serons prêts à vous accompagner. »


Nous arrivâmes en fin d'après-midi dans le Sussex, à l'école West. La grande bâtisse était silencieuse, on ne voyait nulle part les quelques élèves qui n'étaient pas rentrés chez eux. Monsieur Herriott nous mena vers l'aile gauche du bâtiment, où se trouvaient les dortoirs. La chambre de Jeremy Forrester était assez petite et simplement meublée : un lit, un pupitre, un tabouret et un portemanteau vide. Holmes examina rapidement la pièce, portant toute son attention au pupitre.

« Vous avez dit qu'il vous avait demandé une bougie, la nuit dernière ?

- Oui.

- A quelle heure était-ce ?

- A environ neuf heures. Je la lui ai donnée et lui ai dit de ne pas veiller trop longtemps.

- Elle n'a pas brûlé plus d'une heure, comme vous l'avez vous-même remarqué. Il est donc parti vers dix heures. Comment est-il sorti ? Il n'a pas utilisé la fenêtre.

- Les portes devraient être fermées à dix heures, mais le seul effet de cette règle est qu'à ce moment il y a un remue-ménage en bas, et le surveillant ne peut tout contrôler. Il n'était pas impossible pour lui de se faufiler vers la sortie.

- Le papier que vous nous avez montré était sur le pupitre ?

- Oui, juste devant l'encrier. Et ce porte-plume était là aussi. »

Holmes inspecta le pupitre une fois de plus et il ouvrit son unique tiroir. Il y avait quelques livres à l'intérieur, ainsi qu'une petite pile de papier blanc.

« Etudiait-il pendant les vacances ? Même la nuit dans sa chambre ?

- Cela ne me surprendrait pas. Comme je vous l'ai dit, c'était un écolier très travailleur. Très intéressé par beaucoup de choses. Ce serait un malheur s'il devait quitter l'école, voire être renvoyé pour cette affaire. »

Holmes avait extrait les manuels d'algèbre, de géométrie et d'histoire du tiroir, et les mit de côté. Il se saisit du suivant.

« Ha ! Voilà qui semble extra-scolaire. Ou bien avez-vous un cours de littérature française moderne ?

- Non, Monsieur Holmes, West's est une bonne école, mais pas très innovante. Le cursus est très traditionnel.

- C'est bien ce que je supposais. Alors Rimbaud doit faire partie de ses lectures de loisir. Il y a le nom de Theodore Forrester inscrit dedans. Son père, je pense ?

- C'est exact. Son père, ainsi que je l'ai appris de sa propre bouche, était bibliothécaire, et passionné de littérature. Jeremy aura rapporté quelques-uns de ses livres à l'école après sa mort.

- En effet. Quels rapports entretenait-il avec son père ?

- Je ne sais pas trop, mais ils semblaient être très proches l'un de l'autre. Monsieur Forrester était un homme simple et calme. Il était convaincu qu'une bonne éducation pour son fils était primordiale. Et je pense que les travaux de Jeremy à l'église ont quelque chose à voir avec le fait qu'ils étaient bons pratiquants. »

Tout en l'écoutant, Holmes avait retiré les papiers du tiroir et je vis une lueur d'intérêt dans ses yeux. Il y avait un petit carnet au fond, qu'il ouvrit.

« Qu'est-ce que cela, Holmes ? » demandai-je.

« L'éternité est la mer et le soleil marchant main dans la main,ii » répondit-il prosaïquement. Robert Herriott et moi le regardâmes.

« Il a traduit ses poètes français, » expliqua Holmes en feuilletant les pages. « Surtout Baudelaire, puis Rimbaud, Verlaine. Certains vers ne sont pas mal, en plus. »

Il tira le dernier livre du tiroir. Celui-ci avait également appartenu à monsieur Forrester père et était intitulé Les Romances sans paroles. Le tiroir était désormais vide. Holmes resta immobile, jouant avec les deux livres de poésie, les yeux fixés sur l'horizon derrière la fenêtre. Ces longs moments de réflexion auxquels j'étais tant habitué, étaient de trop pour la patience du pauvre professeur de science.

« Alors, que dites-vous, Monsieur Holmes ? Qu'allons-nous faire ? Ne devrions-nous pas plutôt sortir et chercher ses traces, au lieu de rester dans cette pièce qui ne nous apprendra rien ?

- Au contraire, elle nous a appris plusieurs choses. Et j'ai bien peur qu'il s'agisse des seules traces que nous pourrons découvrir. Je ne me fais pas d'illusion sur les empreintes laissées sur une route fréquentée par des douzaines de personnes, de chevaux et de voitures depuis qu'il est parti. Il n'a reçu aucun courrier hier ?

- Non, il a reçu une seule lettre la rentrée dernière, et c'était au début novembre. Il ne recevait que des lettres de son père, auparavant.

- Savez-vous de qui était cette dernière lettre ?

- Je crains que non. Elle était envoyée de Rye. Il n'en a pas reçu d'autre depuis, pourtant.

- Très bien, je pense que nous avons vu ici tout ce qu'il y avait à voir. Y a-t-il une bonne bibliothèque dans la région ?

- Euh... oui, Mais c'est dimanche, et le dernier jour de l'année en plus. Elle est fermée. » Monsieur Herriott paraissait surpris.

« Où puis-je trouver le bibliothécaire ?

- Il habite dans le même édifice.

- Bien. Nous allons donc vous laisser.

- Mais, qu'advient-il de Jeremy Forrester ?

- J'ai mon idée là-dessus, mais je puis me tromper. Je dois vérifier quelques détails et m'assurer qu'il n'y a pas d'autres solutions raisonnables. Je vous ferai savoir s'il y a une nouvelle importante. »

Il se retourna et sortit. Je le suivis, laissant derrière nous le professeur troublé.


Le cab qui nous avait conduit de la gare nous mena en ville. Holmes demeura silencieux et perdu dans ses pensées tout le long de la course, les sourcils froncés comme si quelque chose le dérangeait. Il ne prononça pas une parole avant d'avoir atteint la bibliothèque. Il persuada alors le bibliothécaire de nous laisser entrer, lui promettant que notre visite serait fort brève.

« Nous n'avons que peu de temps, » me dit-il. « Pourriez-vous avoir l'amabilité de vous enquérir d'une édition plus récente du journal que Monsieur Herriott avait avec lui ce matin ? Je m'en vais emprunter un livre.

- Je dois rechercher s'il y a des nouvelles du cambriolage ?

- Précisément. Ce doit être une aubaine pour les journaux. Je suis persuadé que nous serons au courant de tout grâce à eux. »

Alors qu'il s'entretenait avec le bibliothécaire, je parcourus les journaux sur la table, à l'autre bout de la pièce. La grande nouvelle du cambriolage, relatée par l'édition du matin, était suivie d'une autre histoire dans l'après-midi, affirmant que la police avait une théorie qu'elle refusait d'exposer. Mais on citait un inspecteur Harrows, arrivé de Bexham, qui disait que des arrestations étaient imminentes.

De retour dans la rue, je fis part de mes résultats à Holmes.

« Cela signifie que nous devons maintenant parler à la police. Je connais cet Harrows, d'une précédente affaire. Non, je pense que vous étiez alors occupé ailleurs. Je me souviens qu'il s'agissait un petit problème assez délicat. Harrows s'est révélé être un inspecteur tout à fait capable, un des meilleurs que j'aie rencontré dans la police. Je me doute qu'il tient vraiment une piste s'il l'a dit au journaux.

- Vous pensez donc que la disparition de Jeremy Forrester a quelque chose à voir avec cette affaire ?

- Je pense que c'est très improbable, Watson. Mais je ne peux pas me faire une opinion avant d'avoir entrepris deux démarches, et l'une d'elle consiste à m'entretenir avec Harrows.

- Mais ce que le gamin a écrit, Holmes ! Ce papier indiquait sûrement ce qu'il faisait ou ce qu'il savait.

- Ce papier indique seulement ce qu'il écrivit, comme le fait d'ordinaire le papier, non pas ce qu'il fit.

- Mais la mention de l'or, les chiffres... Ne peuvent-ils pas signifier une somme d'argent ?

- Trois mille six cents - livres ? N'y a-t-il rien dans ce nombre qui vous intrigue, Watson ?

- Je me suis demandé ce que le ": 6" signifiait. De même pour le "gang". Il a pu entendre une conversation de quelques hommes mettant au point un cambriolage, alors qu'il était en ville. Ou bien il pourrait être entré en relation avec le gang lui-même. Je devine qu'il était en train d'essayer de prévenir quelqu'un, peut-être la police, ou le propriétaire du magasin.

- Watson, je vous en prie, ne cherchez jamais à "deviner" » gémit Holmes. « Mais, en supposant qu'il ait su quelque chose à propos du cambriolage, il est envisageable qu'il ait cherché à communiquer ce qu'il savait aux autorités compétentes ou à quelqu'un d'autre. Et alors ? Pourquoi a-t-il disparu ?

- S'il était de quelque manière en relation avec eux, il a pu avoir peur d'être considéré comme complice. Ne croyez-vous pas ?

- Je crois, Watson, que vous et Monsieur Herriott commettez l'erreur d'assembler de force les pièces du puzzle, simplement parce que ,malheureusement, l'image semble avoir un sens. Mais vous n'êtes même pas sûr du nombre réel des pièces du puzzle.

- Quelle est donc alors votre théorie, Holmes ?

- Je n'en ai aucune. Comme je l'ai dit si souvent dans le passé, il est dangereux de construire des théories avant d'avoir connaissance de tous les faits. Et je ne les connais pas encore tous. Ah, voilà le poste de police. Allons voir ce que l'inspecteur Harrows a à nous dire. »

L'inspecteur Harrows était un homme petit. Tout en lui était gris - cheveux, costume, même son teint semblait grisâtre. Mais il y avait comme une étincelle d'intelligence et de sagesse dans son regard. Il fut heureux de revoir mon ami et nous accueillit chaleureusement.

« Vous travaillez tard à ce que je vois, Harrows, » remarqua mon compagnon lorsque l'inspecteur nous eu offert un siège. « Vous n'avez donc pas de vacances ?

- Pas de vacances dans ce boulot, comme vous savez, bien qu'il n'y ait pas eu grand chose ces derniers temps.

- C'est donc à cause du cambriolage dont les journaux n'arrêtent pas de parler, que vous restez au bureau ce soir. Pas de piste ?

- Oh, ce doit être le gang de Noël. Mes hommes sont actuellement à leurs trousses, c'est pour cela que je n'ai presque rien dit aux journaux.

- Le gang de Noël ! » m'exclamai-je. Les yeux de Holmes pétillaient d'amusement, mais il attendait également une explication.

« C'est ainsi que nous les appelons, un groupe de trois voyous, dirigés par un ancien serrurier nommé Jeffreys. L'année dernière, deux magasins et une banque ont été dévalisés à la fin décembre. La dernière fois, ils ont été vu, mais non identifiés. Ils n'ont heureusement presque rien pris, puisque les magasins étaient quasiment vides après les fêtes et il n'y avait pas d'argent laissé là à les attendre. La banque était gardée et ils furent mis en fuite. Mais ils ont été assez stupides pour recommencer cette année. Vous savez, ils pensent qu'il est plus sûr de pénétrer dans les magasins alors que tout le monde festoie. Ils ont été aperçus, d'abord dans un pub des environs, puis en train de sortir précipitamment de la rue où se trouve la bijouterie. Ils avaient quitté la ville ce matin, mais la police est en alerte dans toute la région et dans les gares. Je m'attends très bientôt à leur capture.

- C'est un vrai plaisir de voir comment vous vous y prenez, inspecteur. » dit Holmes en souriant.

« C'est une affaire très simple, » répondit modestement Harrows. « Et vous, Monsieur Holmes, quel bon vent vous amène ? Avez-vous un petit problème de vacances également ?

- Non, je ne peux pas vraiment dire cela. Ce sont plutôt des vacances sans problèmes. J'ai simplement pensé à passer vous souhaiter bonne chance avec vos voleurs.

- C'était bien agréable de vous voir, Messieurs. Et bonne nuit.


« Et maintenant, Watson, » dit Holmes, alors que nous venions de prendre congé de l'inspecteur Harrows, « je pense qu'un établissement où l'on servirait une nourriture acceptable et un bon feu serait le bienvenu pour reprendre des forces et accomplir une dernière chose avant d'échafauder une théorie pour retrouver Jeremy Forrester.

- C'est-à-dire ? » demandai-je

« Lire un livre.

- Un livre ?

- Un livre que le jeune Forrester appellerait "The Flowers of Evil" iii.. J'espère que vous n'avez rien contre le fait de manger dans un établissement nommé le Chat Bleu ? »

Le Chat Bleu disposait de tout ce que Holmes avait mentionné, pourtant, je fus le seul à en jouir proprement, parce que Holmes resta assis, le nez plongé dans les Fleurs du mal de Baudelaire, jusqu'à ce que sa nourriture fût tout à fait froide. Il releva finalement la tête en souriant :

« Eh bien, Watson, que dites-vous de cela ? Je vous recommanderai spécialement les vers neuf, quinze et seize. »

Je pris le livre et lus :

L'HORLOGE

Horloge! Dieu sinistre, effrayant, impassible,

Dont le doigt nous menace et nous dit: «Souviens-toi !»

Les vibrantes Douleurs dans ton coeur plein d'effroi

Se planteront bientôt dans une cible ;


Le plaisir vaporeux fuira vers l'horizon

Ainsi qu'une sylphide au fond de la coulisse ;

Chaque instant te dévore un morceau du délice

A chaque homme accordé pour toute sa saison.


Trois mille six cents fois par heure, la Seconde

Chuchote : Souviens-toi - Rapide avec sa voix

D'insecte, Maintenant dit : Je suis Autrefois,

Et j'ai pompé ta vie avec ma trompe immonde!


Remember ! Souviens-toi ! prodigue ! Esto memor !

(Mon gosier de métal parle toutes les langues.)

Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues

Qu'il ne faut pas lâcher sans en extraire l'or !


Souviens-toi que le Temps est un joueur avide

Qui gagne sans tricher, a tout coup ! c'est la loi.

Le jour décroît ; la nuit augmente ; souviens-to i!

Le gouffre a toujours soi f; la clepsydre se vide.


Tantôt sonnera l'heure où le divin Hasard,

Où l'auguste Vertu, ton épouse encore vierge,

Où le Repentir même (oh ! la dernière auberge !)

Où tout te dira : Meurs, vieux lâche ! il est trop tard !

« Franchement, Holmes, je ne vois pas quelle utilité cela peut-il avoir pour nous. J'admets que mon français n'est pas aussi bon que le votre, aussi, s'il y a un message caché dans ces lignes, je ne l'ai sans doute pas compris.

- Non, Watson, il n'y a pas de message caché. Mais il y a un sens qu'il faut interpréter.

- Et quelle est votre interprétation alors ?

- Que nous devons nous presser. Il y a un train de Bexham à Rye dans quarante minutes, et si nous pouvons l'attraper, j'espère sincèrement que nous pourrons trouver Jeremy Forrester avant que l'année soit finie. »


Son espoir fut en partie déçu, car il était près de onze heures lorsque nous atteignîmes Rye. Après avoir donné un coup de téléphone à la gare de Bexham, Holmes n'avait plus prononcé une parole et regardait la nuit défiler derrière la fenêtre. Je continuais à me poser des questions sur sa théorie et sur le fait qu'il semblait si sûr que Jeremy Forrester était dans sa ville natale et n'avait rien à voir avec le cambriolage. En repassant en esprit les événements et les découvertes de la journée, je ne pouvais trouver les preuves qui l'avaient mené à ses conclusions. Pourtant, je savais qu'il devait y avoir quelque chose, car ses théories n'étaient jamais bâties à la légère. Je pensais connaître suffisamment ses méthodes d'observation et de déductions pour savoir quand et comment il les utilisait, mais je ne pouvais me souvenir d'avoir vu quelque chose qui méritât qu'on y prête notre attention. Alors que nous atteignions Rye, l'affaire était pour moi aussi obscure que lorsque nous étions arrivés à l'école West dans l'après-midi.

« Où allons-nous maintenant, Holmes ?

- Nous allons rendre visite au révérend Leonard Hailey. Monsieur Herriott m'a obligeamment donné son adresse ; il a pu la trouver parce que le révérend Hailey est la personne responsable des candidatures à la bourse West. »

Il était tard et le révérend était chez lui. Une servante endormie et maussade, qui n'avait probablement pas eu l'intention d'attendre le nouvel an pour se coucher, nous introduisit dans le salon. Le révérend ne s'était heureusement pas encore retiré pour le nuit.

« Que puis-je faire pour vous, Gentlemen ? » demanda-t-il avec le calme d'un homme habitué à être dérangé à n'importe quelle heure.

« Je m'appelle Sherlock Holmes et voici mon collègue le docteur Watson. Nous pensions que vous pourriez nous renseigner sur Jeremy Forrester. L'un de ses professeur à West's est assez inquiet.

- Juste ciel ! » s'exclama le vieux clergyman. « J'allais envoyer un télégramme lorsqu'il est arrivé cet après-midi, mais alors Madame Robbins m'a envoyer chercher, son grand-père étant mourant, il avait plus de quatre-vingt dix ans, bien sûr, et puis... j'ai complètement oublié, j'ai dû croire que je l'avais déjà fait. Demain, donc. Mais comment avez-vous pensé à venir ici ? Oh, s'il vous plaît, prenez un siège. Un café, thé peut-être ? Je vais demander... » Il quitta la pièce sans finir sa phrase avec ses manières gauches et distraites, sans nous laisser le temps d'accepter ou de décliner son aimable proposition. L'idée d'une boisson chaude après notre voyage était certainement la bienvenue et, après un moment, lorsque Monsieur Hailey revint et s'assit, la servante apporta le thé. En le buvant, Holmes nous donna l'explication de la disparition troublante de Jeremy Forrester.

« Votre jeune ami, Révérend, a disparu de l'école la nuit dernière vers dix heures, bien que sa disparition n'ait été découverte que ce matin. Et, je m'empresse de le dire, la nouvelle de cette disparition a été traitée fort discrètement, j'espère donc que les conséquences n'en seront pas trop graves. Il semblait n'y avoir aucune raison pour son départ, bien que certaines hypothèses eussent été formulées qui plongèrent Monsieur Herriott, son professeur de sciences, dans une grande inquiétude. En se souvenant des événements de la veille, il lui apparut que Jeremy Forrester n'avait pas organisé sa fuite, mais qu'il était parti à l'improvisteiv.. Il dut y avoir une raison qui le fit agir de manière aussi impulsive, et Monsieur Herriott était absolument sûr qu'il ne pouvait s'agir d'une lettre, puisqu'aucune n'était arrivée récemment. Il devait avoir autre chose dans sa chambre qui lui donnât l'idée de partir. Nous trouvâmes des livres et un très intéressant carnet de traductions dans sa chambre. Le carnet nous apprit que Baudelaire l'intéressait particulièrement, mais Baudelaire ne figurait pas parmi ses livres. En revanche, Rimbaud et Verlaine, ses autres auteurs favoris, étaient bien là. Si Baudelaire manquait, il était possible qu'il l'eût emporté avec lui.

Il était en train d'écrire juste avant de partir. Quelques mots de son texte sont restés inscrits sur un morceau de buvard. Il est normal que tout le texte ne soit pas lisible sur du buvard, seuls y restent les mots qui viennent juste d'être écrits avant de l'utiliser. Pourquoi ce qui reste lisible consiste seulement en fragments du texte ? En partie parce que la plume sèche rapidement, bien sûr, mais cela ne suffirait pas à rendre les fragments si courts, à moins que le texte n'eût lui-même consisté en fragments. Cela aurait pu être le brouillon d'une lettre, sur n'importe quel sujet, mais étant donné son intérêt pour les traductions et le fait qu'il en faisait souvent, cela pouvait être une traduction sur laquelle il travaillait. Si cela était le cas, et s'il avait pris le livre et apparemment le brouillon de la traduction avec lui, le texte nous donnerait quelques indices quant à l'endroit où le chercher. L'amabilité d'un bibliothécaire nous fournit un exemplaire du livre en question, c'est-à-dire des Fleurs du mal de Baudelaire. Je dus retrouver le poème qui contenait un certain nombre - un nombre remarquable d'ailleurs, Watson, trois mille six cents rappellent à la mémoire le système sexagésimal, la mesure du temps -, puis les mots "or" et "gang". Ce dernier se révéla être "gangue" en réalité. J'ai mis du temps à retrouver le poème, mais ce ne fut pas trop difficile.

« C'est un poème sur le temps, sur son cours, sur les pertes, la mort et le besoin de vivre intensément, d'extraire tout l'or de la vie qui court. Et il rappelle au lecteur la mémoire, la mémoire du temps qui passe, bien sûr, mais le mot appela inévitablement l'idée de souvenir à sa mémoire.

Jeremy Forrester, un adolescent éveillé, intéressé par des sujets intellectuels qui étaient probablement pour lui aussi réels que les briques d'un mur, de surcroît un garçon qui doit faire face à période pénible de sa vie, cherchant des réponses dans les livres laissés par son père, lisait ce poème dans la nuit du 30 décembre 1899. Même le Kaiser Guillaume croit qu'il s'agit de la fin du siècle, et aussi pour ceux qui, pourtant, connaissent mieux l'arithmétique, ce changement de quatre chiffres est un événement considérable. Aussi considérable que la poésie l'est pour Jeremy Forrester. Souvenez-vous, Watson, le carnet s'ouvrait sur le mot "Eternité", peu de temps après la mort de son père. Lorsqu'il se concentra sur un poème avertissant de ne pas gaspiller les minutes précieuses et qu'il réalisa qu'il laissait s'écouler la dernière année du siècle, assis dans sa petite chambre, il décida probablement d'échapper à cela. Où pouvait-il aller pour trouver tout cet or et ces souvenirs, sinon à Rye, qui est le seul endroit où il ait précisément des souvenirs et qui puisse assurer quelque promesse d'un or métaphorique. Et une Sylphide peut-être.

Mais Jeremy Forrester est un garçon intelligent et après avoir marché sans s'être préparé dans la nuit hivernale vers Rye, il a dû se rendre compte qu'il devait revenir à la réalité, trouver un endroit où se réfugier et un confident qui le conseillerait sur les problèmes qu'il allait probablement s'attirer à l'école. Nous avons appris que son père était pratiquant et que Jeremy lui-même travaillait pour l'église. J'ai donc pensé qu'il serait raisonnable d'aller voir le prêtre de leur congrégation à Rye. Monsieur Herriott connaissait votre nom, Révérend, nous vous avons donc facilement trouvé. C'est ainsi que nous sommes venus ici pour découvrir que Jeremy Forrester va bien et que notre client peut retrouver sa sérénité.

- C'est exact, Monsieur, » dit le révérend. « Le garçon va bien. Il n'est pas là en ce moment, bien que je lui ai proposé de rester ici cette nuit. Il est quelque part dehors, attendant la nouvelle année, - c'est différent à chaque fois, bien sûr - parti à sa rencontre mais il m'a promis d'être de retour peu après minuit, et de se tenir à l'écart des fêtards. Il tiendra parole, j'en suis sûr... Je le renverrai à l'école demain, évidemment.

- Bien, » dit Holmes, se levant et lui serrant la main. « Il aura quelques explications à fournir à Monsieur Herriott, du reste il n'a pas trop de souci à se faire. Son professeur sera trop heureux de lui éviter tout problème, sans doute parce qu'il l'apprécie, mais aussi parce qu'il était responsable de ses élèves. Bonne nuit et une bonne nouvelle année, Révérend. »

Nous réussîmes à trouver des chambres dans un petit hôtel, malgré le nouvel an et l'heure tardive. Lorsque nous nous séparâmes dans le hall pour rejoindre nos chambres, j'observai :

« Je ne savais pas, Holmes, que vous nourrissiez un tel intérêt pour les études littéraires. C'est là très certainement un aspect nouveau pour moi.

- Mais pas du tout,Watson, » répondit-il. « c'est un peu comme les empreintes de pas. Les gens laissent des traces de leurs pensées, vous n'avez qu'à les observer et déduire ce que vous pouvez, et cela peut vous mener facilement à la vérité, s'il y en a une.

- Mais il y a une chose que vous n'avez pas expliquée à propos du buvard et du texte...

- Le mystérieux " : 6" ? Je pense qu'il comptait les pieds. » Holmes se retourna pour partir, puis s'arrêta et sourit. « J'ai bien peur que ce pauvre professeur de sciences ne comprenne rien à cette histoire. Il a dit ce matin que cette affaire n'était pas claire. De la manière qu'il utilise ce mot, ce ne sera jamais clair. Je suppose qu'on peut désormais dira cela de tout. C'est même un peu ironique. Ce matin je me plaignais qu'il n'y avait pas de problèmes réels, seulement la fin du siècle et quelques bijoux perdus. Et maintenant, ces deux choses ont effleuré notre propre petite enquête qui pourrait être considérée comme encore moins importante que les deux autres événements. Vous savez, Watson, je ne participerai pas à la discussion quant au commencement du nouveau siècle, mais j'ai l'impression que l'ancien est très près de finir.

i« Trois mille six cents : 6 / gang / or / prendre l'or ? » (NdT)

iiL'Eternité - (Arthur Rimbaud - Fêtes de la patience, 1872)

Elle est retrouvée. / Quoi? - L'Eternité. / C'est la mer allée / Avec le soleil. / Ame sentinelle, / Murmurons l'aveu / De la nuit si nulle / Et du jour en feu. / Des humains suffrages, / Des communs élans / Là tu te dégages / Et te voles selon. / Puisque de vous seules, / Braises de satin, / Le Devoir s'exhale / Sans qu'on dise: enfin. / Là pas d'espérance, / Nul orietur. / Science avec patience, / Le supplice est sûr. / Elle est retrouvée. / Quoi? - L'Eternité. / C'est la mer allée / Avec le soleil. (Ndt)

iii"Les Fleurs du mal" (NdT)

iven français dans le texte.


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