www.sherlock-holmes.org      LES DIX SEPT MARCHES


Les pastiches des Dix Sept Marches

Cette nouvelle a reçu le neuvième prix du grand concours Sherlock Holmes et l'an 2000, qui a été organisé par le Cercle des Sites Holmesiens Francophones


Le s affres du passé

Par Romain SAURON

[Accueil] [Aventures] [Bibliographie] [Filmographie] [Jouez] [SH & la France] [Expositions] [Holmésologie] [Chercher] [Nous_Contacter]


- Vous pouvez entrer, Watson !, murmura Sherlock Holmes d’une voie défraîchie.

Watson, qui ne doutait plus des facultés intellectuelles de son compagnon, pénétra dans l’appartement de Baker Street et assista à une scène, tant de fois répétées, mais toujours aussi dégradantes. Bien qu’il connaissait Holmes depuis une dizaine d’années, il n’arrivait toujours pas à accepter son attitude irresponsable envers les drogues.

_ Voyons, Holmes !, dit Watson d’un ton autoritaire, je n’ai pas parcouru la moitié de Londres pour vous voir dans cet état. Lâchez donc cette seringue de cocaïne !

_ Je suis désolé de vous décevoir Watson, mais il s’agit là d’héroïne et non de cocaïne, préparation faisant partie de la famille des Opiacés. Cela me permet de me reposer, de m’évader, de m’éloigner de ce monde ennuyeux.

Excédé par les remarques de Holmes, Watson répliqua sèchement :

_ N’étant pas expert en la matière, je peux tout de même vous dire que l’héroïne a conduit de nombreuses personnes au suicide et à de nombreux comas irréversibles.

Holmes, voyant son ami tenter de le raisonner sur l’usage des narcotiques, se justifia :

_ Veuillez m’excuser, Watson. Voilà près de 5 mois que je suis dans l’attente d’une affaire criminelle, ou même politique. Il me faut absolument utiliser mes facultés de déduction, sinon je me sens perdu, inutile face à cette société.

Tout en posant la seringue sur le rebord de la cheminée, Sherlock Holmes continua :

_ Je sais bien ce que vous allez me répondre, mais la mort, dans les chutes de Reichenbach, de mon ennemi juré a entraîné une désuétude des affaires criminelles. Bien entendu, je comprends que cette baisse de la criminalité ait réjoui la majorité du peuple anglais. Cependant, je ne trouve aucun sens à la vie si je ne peux utiliser mes dons à des fins de justice.

Watson, se rendant compte que son ami déprimait, sans doute à cause de l’héroïne, tenta de lui redonner goût à la vie :

_ Vous devriez être satisfait de votre travail car vous avez déjoué les complots de sombres individus. Vous avez dédié tout votre temps, et aussi votre santé, aux enquêtes. Je pense que vous devriez consacrer du temps à vos loisirs. Vivez donc votre propre vie !

Holmes tressaillit légèrement.

En s’appuyant sur le rebord en marbre de la cheminée, Watson fit glisser à terre une enveloppe. Remarquant l’emblème de la famille royale, il prit la lettre de ses mains rugueuse et la lu :


« Cher Monsieur Holmes,


Afin de remercier votre dévouement aux intérêts de la couronne britannique, sa très gracieuse majesté, la Reine Victoria, impératrice des Indes, et la famille royale vous convient aux festivité du passage de l’an de grâce 1899 à celui de l’an 1900, à Buckingham Palace. Veuillez remettre ce billet avant la 30 décembre 1899 afin que votre requête soit prise en considération.


Veuillez accepter Monsieur Sherlock Holmes, l’expression de mes sentiments les plus distingués. »


Après une lecture attentive de ce billet, Watson se rendit compte qu’il tenait le moyen de divertir Holmes, au moins pour une soirée. Alors qu’il allait aborder le sujet à Holmes, celui-ci prit les devants :

_ Je refuse catégoriquement, Watson ! Je trouve inutile et même absurde à ce que j’aille à cette réception mondaine. De plus, vous êtes une des rares personnes à qui j’adresse la parole, je ne saurais pas avec qui discuter.

_ Mais, un peu de distraction n’a jamais fait de mal à personne. Peut-être qu’en y allant, vous rencontrerez quelqu’un qui ait besoin de vos conseils.

Holmes acquiesça d’un hochement de tête

_ Vous avez sans doute raison, Watson. Cependant, je trouve superflu de me rendre à une soirée qui n’à qu’un aspect symbolique. Je laisse toutes les appréciations sur ce passage aux ignares, qui assurent que le XXème siècle va être un siècle de paix. Sachez bien que la paix ne s’étendra jamais sur la totalité du globe. Il y aura toujours des génocides, des guerres, des famines et autres monstruosités. Voyez, nous entrons dans une guerre contre les Boers, je vous assure qu’elle ne se terminera pas ce 31 décembre à minuit. Elle peut continuer sur 2 voire 3 ans. Malgré mes positions sur la question, je vais suivre votre requête. Peut-être, comme vous me l’avez si brillamment démontré, m’aidera-t-elle à rencontrer des personnes ayant besoin de mes services.

Etant donné que nous nous trouvions au petit matin de la date limite imposée par l’invitation, Watson se rendit au bureau de poste le plus près afin que le courrier arrive dans les délais. Près de quinze minutes s’étaient écoulées depuis le départ de Watson. A son retour, il découvrit Holmes entrain de s’habiller.

_ Inutile de vous déshabiller, Watson ! Je viens de recevoir un télégramme de Lestrade. On a découvert le corps mutilé de Sir John Louton.



Durant le trajet, Sherlock Holmes fit lire à son compère les quelques mots télégraphiés de Lestrade. En relisant le nom de la victime, Watson se souvint enfin son statut :

_ Ne s’agit-il pas du célèbre magistrat Sir Louton ?

Holmes regarda Watson :

_ Vous avez une excellente mémoire, Watson. Agé de 42 ans, il était le magistrat le plus doué de ce siècle. Il est connu pour avoir condamné les plus grands criminels. De plus, il sait faire preuve d’une très grande neutralité entre les différentes classes sociales.

Peu de temps après, sous l’ombre impérieuse de BigBen, Holmes et Watson se retrouvèrent devant le Parlement Britannique. L’inspecteur Lestrade les accueillit en toute modestie, d’une manière stricte et autoritaire, mais laissant dégager un incompétence des plus notables :

_ Bonjour Monsieur Holmes, Docteur Watson. Je suis désolé de vous déranger ainsi de bon matin, mais le corps du magistrat Sir Louton a été découvert devant le Parlement.

Holmes lui demanda :

_ De quoi est-il mort ?

_ Le médecin légiste nous a donné ses premières constatations. Il semblerait qu’il soit mort poignardé de 13 coups de couteau entre minuit et minuit et demi. Une bonne partie d’entre eux ont été porté sur le cœurs, les autres vers les poumons, le foie …

_ Il a ainsi quitté son bureau à minuit moins dix. Sa secrétaire a-t-elle vu Sir Louton préoccupé ?

_ Comment savez- vous qu’il ait …, oh et puis cela ne me regarde pas !

Après une courte pause, Lestrade repris :

_ Sa secrétaire n’a remarqué aucun changement de comportement de son patron. Il venait travailler dés 8 heures du matin, il rentrait souvent tard le soir. Il avait une vie des plus émérites, ayant des parents cousins avec le Duc et la Duchesse d’York. Il a fait ses études de magistrature à l’université de Cambridge. Il ne connaissait pas beaucoup de monde, étant donné qu’il ne faisait partie d’aucun club sportif ou intellectuel.


La brume matinale de la Tamise finissait de se dissiper, BigBen, à son habitude, appelait les Londoniens au travail, la vie reprenait son cours comme si elle était habituée à de telle monstruosité.

Après avoir remonter sa montre, l’inspecteur Lestrade les conduisit devant les imposantes portes de bois du Parlement.

_ Nous avons tous laissés en place, Holmes. Le corps n’a pas bougé, uniquement pour l’autopsie du médecin.

Holmes s’approcha de la victime, étendue sur un linge blanc, la flaira, la retourna, ainsi que l’enveloppe qui l'enveloppait, et la fouilla dans tous les sens. Il inspecta minutieusement chaque centimètre carré de la place entourant le cadavre, mais également les bancs et la fontaine, assez éloignés du corps.

_ A votre avis, Lestrade, où Sir John Louton a-t-il été assassiné ?

_ Voyons, Holmes ! Vous le savez aussi bien que moi ! Il a été trouvé près des portes, donc c’est ici qu’a eu le crime !

Désespéré par la remarque de l’inspecteur, Holmes murmura :

_ C’est dans des situations comme celle-ci que l’on voit la capacité intellectuelle des inspecteurs de Scotland Yard !

Il reprit :

_ Contrairement à ce que vous pensez, Sir John Louton a été assassiné près d’un des bancs.

_ Mais, cela ne tient pas debout ! Et comment pouvez-vous être si affirmatif ?

_ Avec l’odeur et les trace blanches et floconneuses se trouvant sur sa veste. Lorsque l’on a écrit une monographie sur les différent tabacs britanniques, on peut en conclure que Sir John Louton fumait du tabac « bird’s eye », et ce à l’heure du crime, du fait de la présence des fragiles cendres de tabacs. Cependant, on trouve des cendres de ce tabac près du banc et non près du corps. C’est ainsi que j’en déduis qu’il a été assassiné non pas là où le meurtrier voudrait nous le faire croire, mais 18 mètres plus loin !

_ Sir Louton aurait très bien pu ramper vers le Palais afin de demander de l’aide.

_ Arrêter de divaguer, Lestrade ! Est-ce qu’un homme, poignardé de 13 coups de couteau au cœur, dans les poumons et dans le foie aurait la force de se traîner sur près de 20 mètres. Il ne fait aucun doute qu’il est mort dés le 3ème coup de couteau.

Resté béat par la remarque que venait de lui faire Holmes, Lestrade demanda :

_ Mais, pourquoi l’assassin a-t-il déplacé le corps ?

Holmes ne répondit pas, trop absorbé par ses réflexions. Pensant avoir fini l’inspection des lieux, il dit à Watson :

_ Venez, Watson ! Nous n’avons plus rien à faire ici, nous avons vu tout ce qu’il avait d’intéressant.

De retour à l’appartement de Baker Street, Holmes demanda à Watson son avis sur le meurtre.

_ De toute évidence, il s’agit là d’un meurtre dont le mobile est la vengeance. Vu qu’il ne fréquentait pas de personne, en dehors de sa vie professionnelle, il est logique d’écarter le meurtre passionnel et de jalousie. On peut également écarter le fait qu’il s’agisse d’un malade mentale, car il n’aurait eu aucun intérêt à planter plusieurs fois son arme sur la victime, et il est très probable qu’il ne l’aurait jamais déplacé. Ainsi, on peut en conclure qu’il s’agit d’un crime en rapport avec la vengeance. Sir John Louton a administré de nombreux procès criminelles, il est tout à fait possible qu’il est été tué par représailles.

_ Mais pourquoi l’avoir transpercé d’autant de coups de couteau et de l’avoir, ainsi, déplacé ?

_ Là, je dois vous avouer que je n’en sais rien !

Tout en parlant, Holmes se dirigea vers une des fenêtres de l’appartement.

_ Notre enquête va peut-être avancé, Watson.

_ Pourquoi ?

_ Parce que nous sommes surveillés par un conducteur de fiacre, depuis bientôt deux heures. Mais aussi parce que nous allons recevoir un message.

S’avançant rapidement près de la fenêtre, Watson vit, en effet, un conducteur de fiacre, mais aussi une ombre furtive pénétré dans le bâtiment.

_ Voyons, Holmes. Il ne s’agit là que d’un inoffensif conducteur, vous n’allez tout de même pas suspecté tous les Londoniens.

_ Je ne sais pas si cela peut vous convaincre, mais il était posté à l’autre bout de Baker Street dés notre départ, il nous a suivi pendant notre trajet pour le Parlement, et le voici posté devant notre appartement. Drôle de coïncidence, non ?

Watson n’eut le temps de répondre, que l’on frappa à la porte.

_ Vous pouvez entrer, mon garçon !

La porte s’ouvrit, et apparut un garçon vêtu de haillons. De sa voie frêle mais convaincu, il demanda :

_ J’ai un message à remettre à Monsieur Holmes.

Holmes s’approcha, prit la lettre et lui donna, en échange, une pièce de 1 shilling. Alors que l’adolescent allait descendre avec vivacité les escaliers, Holmes lui demanda s’il savait qui lui avait envoyer ce message.

_ On m’a dit de vous dire que tout était écrit.

Puis, en un éclair, malgré l’agilité de Holmes, l’enfant s’enfuit et disparut dans la masse populaire. Après avoir refermé la porte, Holmes se dirigea vers un coupe-papier, qui trônait sur le rebord de la cheminée au milieu d’autres documents. Avant d’ouvrir cette missive, Holmes observa la qualité du papier, mais aussi le cachet de cire, qui se trouvait là, majestueux, au milieu d’un papier blanchâtre. Puis d’un geste précis, il trancha les deux bouts de tissus, retenus par le scellé. Il en sortit une feuille blanche, mais entourée d’un mince cadre noir, rendant ainsi l’atmosphère environnante accablante. Holmes la lut et se tomba sur son fauteuil, laissant glisser la feuille maudite sur la peau d’ours. Après quelques minutes d’angoisses, Watson osa demander à Holmes qu’elle pouvait être la nouvelle.

_ Vous pouvez la lire, Watson. Il n’y a aucun secret à vous dissimuler.


« Ce 30 décembre 1899, à 00h05.


Cher Monsieur Sherlock Holmes,


BigBen vient de sonner le glas de John Louton. Il ne s’agit là que d’un prélude à ma vengeance. Je tiens à m’amuser encore avant mon apothéose. Je sais être un bon joueur et, pour cela, je vais vous donner l’indice menant à ma prochaine victime :


Xfseob Ldbk


A très bientôt,

Philippe Martin »


Tout en déposant la feuille sur la petite table, Watson se dirigea vers la fenêtre. Il remarqua que le cocher avait disparu avec sa voiture.

_ Dépêchez-vous, Watson ! Nous n’avons plus une seconde à perdre.

Watson n’eut le temps de réagir, qu’il vit son compagnon, habillé de son impair quadrillé, descendre en courant les escaliers afin de réserver un fiacre. Watson, qui souffrait toujours de sa jambe, le rejoignit cependant le plus vite qu’il le put. A l’intérieur du fiacre, il demanda à son compagnon comment il avait réussi à déchiffrer le message.

_ Je n’ait vraiment pas le temps de vous l’expliquer, Watson. Rendez-vous compte que ce monstre a peut-être déjà commis son forfait !

_ Calmez-vous, Holmes ! Ce n’est pas votre faute si quelqu’un risque d’être tué à Londres.

Après quelques secondes de calmes, Holmes reprit :

_ Vous avez raison, Watson ! Je ne peux rien faire d’autre qu’attendre. Pendant le temps qu’il nous reste avant d’arriver, je vais vous révéler l’astuce, qui est en fait d’une très grande simplicité. Il fallait prendre la phrase à l’envers, et de là remplacer chaque lettre par celle qui la précédait dans l’alphabet. Ainsi, on pouvait trouver le nom de mon indicateur : Jack Andrew.

Une demi-heure plus tard, le fiacre s’engouffra dans un quartier les plus malfamés de Londres : les quartiers de Limehouse. Avant que notre attelage ait eu le temps de s’arrêter, Holmes fonça en direction d’une maison délabrée, située près de la Tamise. Il discuta avec une femme, qui semblait porter un colis, mais en s’approchant de plus près, on se rendait compte qu’il s’agissait sans aucun doute de sa progéniture. Après longuement conversé avec elle, Holmes revint vers le fiacre, où l’attendait toujours Watson.

_ C’est fini, Watson.

_ Serait-il déjà mort ! ?

_ Non, enfin, je ne pense pas.

_ Alors pourquoi arrêter les investigations ?

Il remit à Watson un document sale, plié en quatre. Après l’avoir ouvert, il le lut.

_ Alors, Watson ! J’avais raison, il est bien mort, n’est-ce pas ?

_ Je… euh… oui.

_ Dépêchons-nous, Watson. Il est possible que Lestrade ait appris quelque chose.

Holmes fit signe au cocher, et en un rien de temps, le fiacre tourna au détour d’une rue, laissant la jeune femme, seule et abandonnée avec un enfant, sur les bords de la Tamise.


Le voyage sembla durer une éternité. Holmes et Watson n’échangèrent aucune parole durant le trajet. Dés leur arrivée à Scotland Yard, le policier, en faction devant le bâtiment administratif, les fit entrer. Lestrade accouru à leur rencontre :

_ Holmes, cela fait plus d’une heure que nous essayons de vous joindre.

Lestrade semblait très tourmenté, du fait semble-t-il du retentissement du meurtre.

_ Je viens de recevoir par courrier une menace d’assassinat. Ce 1er janvier 1900, on tentera d’assassiner l’impératrice Victoria, durant l’inauguration de l’exposition d’animaux exotiques qui se tiendra au Cristal Palace.

En prenant la lettre des mains de Lestrade, Holmes comprit :

_ Watson, notre Philippe Martin est très actif.

_ Comment, Holmes ? Vous voulez dire que les deux assassinats et cette menace seraient proférées par la même personne ?

_ Effectivement, Watson ! Lestrade, si l’un de vos hommes trouvaient le cadavre d’un homme, âgé de 30 ans environ, brun aux yeux noirs, sur les bords de la Tamise, vers les quartiers Est de Londres, il s’agira alors de Jack Andrew.

Ne sachant que dire, Lestrade reprit la missive et repartit vers son bureau, probablement pour mettre en place un système de sécurité afin de protéger la reine Victoria.


Le lendemain matin, une ambiance chaleureuse planait au sein de Londres, une atmosphère de fête. La ville était en effervescence face au passage. Tout le monde semblait apprécier la venu de ce siècle, tout le monde excepté l’inspecteur Lestrade et Sherlock Holmes. Le premier mettait tout en œuvre afin que la sécurité de la Reine Victoria soit garantie, quant au second il ne cessait de réfléchir et de déduire afin de trouver qui pouvait être ce mystérieux Philippe Martin.

_ Un nom de toute évidence française !, déclara Watson.

_ Où belge, canadienne, suisse, renchérit Holmes d’un ton agacé.

Se contrôlant à nouveau, Holmes reprit :

_ Excusez-moi, Watson. Je suis désolé. J’étais en train de réfléchir à quelconque possibilités et vous m’avez fait perdre le cours de mes pensées.

_ Je suis vraiment désolé, Holmes. Je ne pensais pas …

_ Cela ne fait rien. Habillez-vous rapidement, Watson. Chaque minute de perdu peut-être funeste !

_ Où allons-nous ?

_ Au 47 Fogerstreet, mon cher ami.

Peu de temps après, Holmes et Watson se retrouvèrent en face d’une bâtisse immense. Elle abritait une entreprise de location de fiacre renommée, car elle remontait à 1847. Sherlock Holmes pénétra à l’intérieur suivi de Watson. Holmes se dirigea directement vers un vendeur et lui posa de nombreuses questions. Après une discussions d’au moins une demi-heure, le vendeur lui montra le livre des ventes.

_ Watson ! Je pense avoir trouver notre guetteur. Il s’agirait de Thomas Moerlen, un soldat de la Couronne Britannique, désormais en retraite.

_ Savez-vous où il habite ?

_ Au 47 Baker Street ! ! !

_ Il habite la même rue que vous, quelle coïncidence !

Holmes ne répondit pas. Reposant le livre sur le comptoir, remerciant à peine le vendeur, il sortit en hâte du magasin et monta dans le fiacre.

_ Watson, venez ! J’ai une mission pour vous ! J’ai besoin à ce que vous fassiez quelques recherches pour moi !

_ Mais, pour Thomas Moerlen ? Nous ne devions pas aller lui rendre visite ?

_ J’irai moi-même le voir, quant à vous vous me serez bien plus utile à la British Library ! Au fait, si je ne vous revoyais pas avant le 1er janvier, je vous souhaite de passer une très bonne soirée en compagnie de votre épouse .

Watson n’eut le temps de lui dire la même banalité, mais combien chaleureuse, que le fiacre loué par Holmes s’ébranla, et disparut à un coin d’une avenue. Holmes se rendit précipitamment à Baker Street afin de rencontrer ce mystérieux soldat en retraite.


23 heures sonnait au loin. Holmes avait préféré resté seul chez lui, il n’avait certainement plus l’envie de se rendre aux festivités prévues par sa majesté. Il regardait de la fenêtre les réjouissances prévues pour le passage au XXème siècle. Il paraissait perdu, regardant l’horizon. Pensait-il à Watson ainsi qu’à sa compagne, au meurtrier qui frappait Londres de sa main vengeresse ou alors à son avenir ?

Lentement, il tourna sur place, afin de faire face à la porte d’entrée. D’une voie convaincu, il articula ses quelques mots :

_ Vous pouvez entrer, Professeur Moriarty !

Un moment de calme suivit, puis la poignée tourna lentement. Au fur et à mesure que la porte s’ouvrait, une silhouette apparaissait. La forme humaine, très mince et assez grande, resta quelques secondes dans la pénombre, puis s’avança dans la lumière. Elle s’approcha du fauteuil de Watson, restant cependant à bonne distance du célèbre détective. Après s’être assis dans son fauteuil, Holmes parla enfin à son visiteur :

_ Asseyez-vous donc ! Je pense que vous avez de nombreuses choses à me dire, n’est-ce pas ?

L’individu s’assit confortablement, cependant avec la dignité due à n’importe quel professeur. L’homme regarda fixement Holmes, comme s’il se sentait en situation de force. Ne disant rien, Holmes commença la conversation :

_ Dites-moi, je suis curieux de savoir comment vous avez réussi à survivre aux chutes de Reichenbach ?

_ De la même façon que vous, j’ai feinté ! Vous avez fait croire au monde entier que vous étiez mort. J’ai appliqué le même subterfuge. En tombant dans les chutes, j’ai eu la chance de rebondir sur une pierre lisse, au lieu de m’écraser sur les roches abrupt. J’ai dérivé au gré des flots, durant des heures, inconscient. Des pêcheurs ont remarqué une masse noire sur la surface de l’eau, et c’est ainsi qu’ils m’ont sauvé. Probablement, je me serai noyé si la providence ne m’avait pas aider. Je m’en suis sortit presque indemne, à l’exception fait de quelques fractures. Depuis ce jour, je me croyais définitivement débarrassé de vous. Seulement, votre réapparition, il y a de cela quelques années, m’a forcé à quitter la Suisse, où j’enseignais les mathématiques. J’ai tenté de reconstruire mon Empire, bien que vous soyez parvenu à faire écrouer mes meilleur éléments criminels. A cela, je ne peux vous le pardonner ! Depuis mon arrivée à Londres, il y a 2 ans, je me suis promis de me venger de l’humiliation que vous m’avez fait subir à Londres.

_ Quelle sorte d'affront ? Le fait que j’ai réussi à vous surpasser intellectuellement, ou d’avoir démanteler le plus grand réseau criminel au monde ?

Le professeur Moriarty ne répondit point. Holmes savait que sa remarque agacerait le professeur et là, il se sentirait supérieur à cet être.

_ Il s’avère que vous ayez ramassé tous les indices que j’ai semé pour vous, Monsieur Holmes !

_ En effet, et je ne m’en vante pas ! Vous avez été un réel petit poucet lorsque vous avez commis ces meurtres. Tant de laisser-aller démontre que vous saviez ce que vous faisiez, n’est-ce pas ?

Le Professeur Moriarty acquiesça.

_ Lors du meurtre de Sir John Louton, j’ai bien évidemment remarqué que le corps avait été déplacé, sur une vingtaine de mètre. Cependant, quel pouvait être votre dessein ? J’en est déduis que ce geste avait pour but de m’interpeller, car aucun assassin n’aurait déplacé le corps, sans intention précise. Les 13 coups de couteaux représentent, bien entendu, la main de votre vengeance, sur le juge qui s’est occupé du démantèlement de votre organisation. En revenant à Baker Street, j’ai reçu votre lettre. Avant même de l’ouvrir, je savais que l’assassin de Sir John Louton et l’auteur de cette lettre ne pouvait être que la même personne.

_ Rien ne vous permet de le déduire !

_ Contrairement à ce que vous croyez, je suis très observateur. En revenant du Parlement, j’ai remarqué une troupe d’adolescents qui vagabondait dans une des rues proches de Baker Street. Lorsque j’ai vu le jeune garçon venir, à mon appartement, nous porter cette missive, j’en est déduis que l’assassin lui avait remis le colis en main propre.

_ Il aurait très bien pu s’agir d’une personne ayant besoin de votre aide !

_ Vous vous trompez encore, car quelqu’un utilisant une telle qualité de papier a, sans aucun doute, les moyens d’utiliser les services postaux, qui sont beaucoup plus sûrs d’ailleurs. Après avoir écrit la lettre, vous me l’avez faite parvenir par un vagabond, qui, vous le saviez, ne m’aurai jamais révélés celui qui l’avait employé. Il ne faisait aucun doute que l’assassin en était l’auteur. Donc, en lisant le contenu de votre lettre, mes soupçons se sont confirmés. Je savais que l’assassin se jouait de moi. Je ne savais toujours pas que c’était vous, cependant les initiales P.M. de Philippe Martin, proches de Professeur Moriarty, m’a, je l’avoue, obligé à vous suspecter, bien que je vous suspectais être mort. Cette idée, je l’ai rebuté de nombreuses fois, bien qu’il y ait eu une coïncidence flagrante. J’ai en ai été sûr et certain lorsque Jack Andrew a été tué. Il s’agissait d’un des mes indicateurs, celui qui m’a permis de m’infiltrer au sein de votre organisation. Vous avez remis à sa femme une lettre qui m’était destiné. Je ne l’ai pas lu, seul le docteur Watson en eu le privilège. Je savais que seul un esprit hautement intelligent se cachait derrière les traits de l’assassin, et comme le Professeur Moriarty était la seule personne à pouvoir rivaliser avec moi, j’en ait ainsi déduis que vous aviez réchappé à la mort.

_ Vous surpassez votre réputation, Monsieur Holmes. Cependant, vous avez oubliez quelques détails !

_ Oui, j’ai omis de vous dire que vous m’avez fait suivre par Thomas Moerlen, un ancien officier de la Couronne Britannique. Je l’ai retrouvé mort, il y a de cela 8 heures. A vrai dire, je m’en doutais. Cependant, je vous félicite de votre geste. Il était recherché par la police anglaise pour avoir commis de nombreux meurtres aux Indes. De plus, vous avez parfaitement déguisé ce crime en mort naturel devant le médecin légiste, qui a constaté une attaque d’apoplexie. Cependant, ce n’était pas le réel espion auquel il fallait que je me méfie, car il était beaucoup trop visible, en fait il s’agissait des conducteurs de fiacres auxquels je me suis adressé. C’est pour cette raison que je leur ait fait croire que Watson allait faire des recherches à la British Library. Vous pouvez entrer, Watson !

Le Professeur Moriarty n’eut le temps de réagir que le docteur Watson sortit de la chambre de Holmes, brandissant son revolver vers l’assassin.

_ IL me semble que je doive m’incliner devant vous, Monsieur Holmes. Je vous félicite pleinement, vous venez d’arrêter le plus grand génie du crime de ce siècle !

Au loin, on supposait les bruits sourds des feux d’artifices, donnés lors de la réception de sa majesté. Au même moment, BigBen sonna ses douze coups de minuits, faisant ainsi basculer le monde dans une ère nouvelle, celle du XXème siècle !

_ Avez-vous tout entendu, Watson !

_ Il me semble que oui !

Alors que Watson allait attacher le Professeur Moriarty, afin d’attendre l’arrivée de Scotland Yard, celui poussa violemment Watson vers la cheminée, et s’enfuit de l’appartement. Holmes prit son arme et le poursuivit à travers les méandres des rues voisines, malgré cela il dut abandonner sa course, le Professeur Moriarty s’étant engouffré dans un fiacre, qui disparut aussitôt au coin sombre d’une ruelle.

Revoyant son ami revenir, Watson tenta de se justifier :

_ Holmes, je suis désolé, vraiment, je ne pensais pas que …

_ Cela ne fait rien, Watson. Cependant, nous devons agir hâtivement. Dans moins de 12 heures, il tentera indubitablement d’assassiner la Reine Victoria.

_ Voyons, Holmes ! C’est absolument improbable ! Il ne se risquerait pas à un tel acte sachant pertinemment que Lestrade a mis en place un système de sécurité des plus infaillibles !

_ N’avez-vous donc rien compris, Watson !, dit Holmes d’un ton énervé. IL faut le considérer comme mon égal sur le plan intellectuel !

Après une courte hésitation, il reprit :

_ Je sais que si j’avais sa détermination meurtrière, il me serait très facile d’assouvir cet abominable dessein.

Holmes ne dit plus rien. Il s’effondra dans son fauteuil, et se perdit dans ses réflexions.


Le Crystal Palace était en proie à une animation remarquable. A l’entrée du parc, on voyait les invités de sa majesté arrivés, distinguant en autres la famille royale, le duc et la duchesse d’York, les lords du Parlement... On apercevait, au centre du jardin botanique, une tribune de bois où se côtoyait de nombreux personnages en costume de réception, peut-être étaient-ce les scientifiques invités à l’ouverture de l’exposition. Au fond du jardin se tenait un banquet, où s’affairaient une multitude de domestiques. Il préparait, sans doute, le déjeuner, prévu en clôture de la cérémonie. Cependant, au milieu de toute cette agitation, on repérait facilement la présence de policiers. Certains étaient en civils, rendant ainsi la tâche de repérage du Professeur Moriarty aisée, car ils manquaient à toutes les convenances de l’étiquette aristocratique. D’autres policiers étaient postés à chaque entrée du Parc, mais aussi devant les portes de l’imposante structure en verre. Après une heure d’attente, Holmes et Watson virent le cortège royale apparaître, débouchant de l’angle d’une rue. Le moment était solennel. Chaque invité, domestique et policier s’était tu. Les oiseaux, eux-mêmes, s’étaient arrêter de gazouiller. Après l’arrêt de la calèche royale, deux domestiques allèrent ouvrir. L’Impératrice Victoria en sortie majestueuse, resplendissante d’autorité. Après quelques secondes d’attentes, la foule entama un « God save the Queen » collectif, et la Reine Victoria fut accueilli chaleureusement par les convives aristocratiques.

Alors que Watson suivait du regard ces moments grandioses de la monarchie Britannique, Holmes se dirigea vers un bâtiment situé à l’opposé du Cristal Palace. Il y pénétra, une détonation violente s’en suivit quelques minutes plus tard. Watson s’apercevant alors de la disparition de son compagnon, se rendit en courant vers le bâtiment, malgré la supplice que lui infligeait son membre. Suivi de plusieurs sentinelles, il grimpa de nombreux étages afin d’arriver à la mansarde. Entrant seul dans l’étroit grenier, il vit un homme grand, maigre regardant le corps d’un homme allongé sur le ventre, baignant dans une mare de sang. Watson tenta de balbutier ses quelques mots :

_ Est-ce vous, Holmes ?

L’homme se retourna légèrement sur lui-même et lui répondit :

_ Le « Napoléon du Crime » vient de perdre sa dernière bataille, Watson.

Holmes, souriant, se dirigea vers Lestrade, qui venait juste d’arriver. Il lui tendit une arme :

_ Voici une bien mauvaise réplique du fusil à vent de Von Herder. Le Professeur Moriarty a, bien évidemment, dut se contenter de ce modèle, qui au lieu de ne faire aucun bruit, a déclenché une détonation audible à plusieurs centaine de mètre.

Alors que des policiers se rendaient près du corps de feu le Professeur Moriarty, Holmes ajouta :

_ Bravo, Lestrade. Vous venez de sauver la vie de notre souverain, et du même coup, vous avez venger la vie de Sir John Louton et celle de Jack Andrew. Je vous en félicite.

Après ces quelques mots, il descendit les escaliers de l’immeuble et appela un fiacre. On entendait au loin BigBen sonner le glas du plus grand criminel du siècle précédent. L’Impératrice Victoria finissait son discours et entamait, alors, l’ouverture du Cristal Palace.

 

FIN

[Accueil] [Aventures] [Bibliographie] [Filmographie] [Jouez] [SH & la France] [Expositions] [Holmésologie] [Chercher] [Nous_Contacter]