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Les pastiches des Dix Sept Marches

Cette nouvelle a reçu le huitième prix du grand concours Sherlock Holmes et l'an 2000, qui a été organisé par le Cercle des Sites Holmesiens Francophones


Le Cimetière

Par Valérie LEPEZENEC

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En cette fin de 19ème siècle, Londres était plutôt brumeuse. Le Dr Watson avait décidé de passer ce réveillon avec son vieil ami Sherlock Holmes. Quand Watson arriva dans le petit appartement de Baker Street, Sherlock Holmes était plongé dans un livre recroquevillé sur son fauteuil favori. Il jeta un œil sur Watson et se replongea dans son livre. Watson posa son chapeau et son manteau et s’installa sur le canapé en face de Holmes.

« -Alors Watson, comment s’est passé votre excursion dans la campagne ?

- Fort bien, malheureusement il a commencé à pleuvoir quand... Comment diable avait vous deviné mon excursion ?

- Il reste des taches de boues sur vos bottes. De plus, votre chapeau porte une feuille d’arbre… Mais qu’est-ce que c’est ? »

Un homme se tenait dans l’encadrement de la porte du studio. Il était grand et avait un teint basané. Il avait un chapeau et tenait une canne dans sa main droite. Personne ne l’avait entendu arrivé. Il dit simplement ces mots :

« - Holmes ne vous mêlez pas de cette affaire sinon vous pourriez le regretter. »

L’homme disparut aussi vite qu’il était apparu.

« - C’est une bien étrange apparition, qu’en pensez-vous Watson ?

Watson n’eut pas le temps de répondre car Mme Hudson nous présentait une jeune personne qui avait demandé à voir Holmes. Cette jeune personne avait la figure pâle. Un chapeau noir recouvrait ses cheveux. Elle portait un long manteau noir qui recouvrait ses chevilles et cachait ses vêtements. Elle demanda d’une voix timide lequel d’entre nous était Holmes. Holmes se présenta et invita la jeune demoiselle à s’asseoir sur le canapé.

« - M Holmes je désirerais vous consulter au sujet d’une affaire… assez bizarre je dois le dire.

- Mademoiselle, excepté que vous êtes secrétaire depuis peu et que vous dormez peu la nuit, je ne sais pratiquement rien de vous.

- Comment le savez-vous ?

- Les bouts de vos doigts sont tachés d’encre fraîche, preuve que vous ne savez pas encore bien vous servir d’une machine à écrire et donc que vous êtes secrétaire depuis peu. Les cernes sont vos yeux attestent…

- Monsieur, je suis heureuse de voir que vous êtes un fin observateur mais l’affaire pour laquelle je suis venu vous consulter ne traite pas de secrétariat.

- Nous vous écoutons Watson et moi.

- Je m’appelle Sonia Barlow et j’habite dans une maison avec mon oncle et ma tante à Livingstone House. La maison est située à quelques kilomètres du village et à quelques mètres seulement du cimetière. C’est dans ce cimetière monsieur qu’il se passe des choses étranges. Il y de ça deux mois un monsieur à l’allure indéfinissable s’est présenté devant la maison et m’a demandé si je voulais partir à Londres gratuitement. J’ai accepté son billet mais je ne me suis pas résignée à partir convaincue que quelque chose n’allait pas.

- Pourriez-vous décrire ce monsieur ?

- Tout ce que je me souviens c’est qu’il portait un ciré jaune et un chapeau jaune avec des bottes jaunes. Dans le village personne ne semblait l’avoir aperçu, c’est comme s’il n’avait jamais existé.

- Continuez.

- Le soir je regardais par la fenêtre qui donne directement sur le cimetière et j’ai vu des lumières. Je suis sortie et j’ai regardé par-dessus le mur qui sépare le cimetière de la propriété. J’ai vu un homme qui se penchait et qui posait une bougie allumée sur une tombe. Plusieurs hommes se sont à leur tour penchés et chacun d’eux a posé une bougie sur une tombe. Chaque tombe était éclairée. Toutes ces bougies allumées en même temps c’était féerique. Peu après les gens se sont dispersés en emmenant les bougies. L’histoire ne s’arrête pas là. Le mois dernier le même monsieur est revenue et m’a proposé le même voyage. La même cérémonie s’est déroulée.

Monsieur Holmes je suis venue car ce soir il y aura certainement une autre cérémonie et…

- L’homme est-il venu aujourd’hui ?

- Oui, ce matin. Il m’a paru effrayant.

- En quoi ?

- Il était tout habillé en jaune.

- Au cours de ces mystérieuses cérémonies n’avait-vous pas remarqué quelque chose d’insolite ?

- J’ai noté que chaque personne était à sa place, chaque tombe avait sa bougie. De plus la cérémonie se déroulait dans le silence. Je ne me souviens de rien d’autre.

- En avez-vous parlé à la police ?

- Oui, mais ils ne m’ont même pas écouté. Ils se sont contentés de se moquer. Pourquoi ne pas venir passer ce réveillon avec nous avec le Dr Watson bien entendu ?

- Et bien mon cher Watson le réveillon de ce soir promet d’être bien agité.

- Je suis enchantée que vous acceptez. A ce soir donc. » Sur ce Sonia se leva et sortit de la pièce.

« - Une bien étrange personne n’est-ce pas Watson ?

- Certes. Croyez-vous à cette histoire de cérémonie Holmes ?

- Pourquoi pas ? Je vous prierais de ne plus me déranger pour cet après-midi Watson, je dois réfléchir »

Holmes réfléchit et chercha dans de vieux journaux jusqu’à quatre heures de l’après-midi. Il réveilla Watson qui dormait et ils se mirent en route pour Livingstone House. Le trajet fut relativement court. Livingstone House est une petite bâtisse sans prétention nichée au sommet d’une large colline. Un mur en briques contourne la propriété.

La maison est bâtie dans un style victorien avec de larges fenêtres et une porte d’entrée en chêne massif. Sonia sortit pour accueillir Holmes et Watson qui contemplaient la façade de la maison.

« - Bienvenue à Livingstone House messieurs. Je vais vous présenter à ma tante. Mon oncle n’est pas rentré du village. » Dit Sonia d’un ton jovial.

Sonia emmena Holmes et Watson dans un petit salon douillet. Deux larges canapés étaient de part et d’autre d’une table base. L’un des canapés était occupé par une vieille femme aux cheveux blancs.

« - Ma tante, voici messieurs Holmes et Watson qui vont passer le réveillon avec nous ce soir.

-Je suis enchanté de faire la connaissance d’amis de ma nièce. Soyez les bienvenus messieurs. A présent je vais me retirer dans ma chambre car je me sens un peu lasse. Sonia veux-tu bien accompagner ces deux messieurs à leurs chambres ?

- Si vous voulez me suivre » rétorqua Sonia à destination de Watson et de Holmes.

Sonia les conduisit chacun à leur chambre et leur dit que le réveillon commencerait vers 8h et qu’elle restait à leur entière disposition.

«  - Il nous reste une heure, allons donc visiter ce fameux cimetière » dit Holmes

Holmes et Watson longèrent le mur de la propriété jusqu’à ce qu’ils trouvent une porte donnant sur le cimetière. Le cimetière est constitué de quatre rangées de six tombes chacune.

«  - Ce qui nous fait vingt-quatre tombes. Il y avait donc ici vingt-quatre personnes le soir de la cérémonie.

- Bien raisonné Watson. Vous pouvez constater que les tombes sont exactement identiques, même stèle et fait bizarre même texte sur toutes les tombes.

- Les noms sont variés : Stevens, Darlew, Carter… C’est étrange ces personnes sont mortes au même âge : 15 ans.

- Que faites-vous ici ? Vous n’avez pas le droit d’être ici. Dégagez. » prononça un homme à l’allure menaçante et d’aspect peu encourageant. Il s’agissait du même homme qui avait menacé Holmes ce matin à Baker Street il portait un ciré jaune et des bottes jaunes

- Monsieur, nous enquêtons sur les événements de ce cimetière et…

- Vous allez me foutre le camp sinon je vous truffe de plombs. » L’homme n’avait pas l’air de plaisanter car il avait sorti un fusil de chasse.

Holmes et Watson s’en allèrent et rentrèrent à la maison. Sonia leur dit

« - Nous allons commencer à réveillonner, si vous voulez bien me suivre »

Elle les conduisit dans une salle à manger où se trouvait la tante et un autre homme. Cet homme était petit et trapu, il avait les cheveux grisonnants qui contrastaient bien avec son costume de soirée.

Tous s’installèrent à la table et mangèrent de bon appétit. Ils passèrent dans le salon pour boire le café. Il était 11h50 lorsqu’ils entendirent un bruit sourd et grave. Sonia s’écria

«  - Mais qu’est-ce qui se passe ?

- Allons voir au cimetière Watson. Mlle Barlow restez ici il peut y avoir un danger » ordonna Holmes.

L’oncle et la tante ne semblaient nullement déranger. Ils sont sourds tous les deux leur dira Sonia plus tard.

Watson et Holmes coururent jusqu’au mur du cimetière pendant que Sonia téléphonait à la police. Ils regardèrent par-dessus. La lune projetait sa lumière sur le cimetière rempli de personnes. Chaque personne tenait dans ses mains une bougie éteinte. Ils attendaient chacun devant une tombe différente. Un homme un peu à l’écart des autres regardait la lune et lui présentait une bougie allumée.

« - C’est probablement le chef » dit Watson.

«  - Ecoutez Watson »

Il émettait en même temps une sorte de râlement sourd. Il s’arrêta soudain. Il passa dans les rangées de tombe en allumant les bougies de ses confrères. Une fois toutes les bougies allumées, il revint à sa place initiale.

Alors d’un même élan tous les hommes se penchèrent et posèrent leurs bougies sur les tombes. A cet instant un nuage cacha la lune. Holmes et Watson ne virent plus que les lumières blafardes des bougies sur les tombes. L’homme à l’écart dit soudain :

« - Que les lumières de ces bougies fassent renaître l’âme de nos enfants. »

Les personnes répétèrent alors d’une seule voix :

« - Que les lumières de ces bougies fassent renaître l’âme de nos enfants. »

L’homme poursuivit :

« - Qu’elles permettent aux morts de reposer en paix »

Les autres personnes répétèrent les phrases les unes après les autres. L’homme ajouta :

«  - Mes chers confrères, il est minuit. Nous sommes maintenant en l’an 1900. Durant ces derniers mois nous avons vengé nos enfants tués injustement en punissant les coupables. »

Un autre homme s’approcha et lui chuchota quelques mots à l’oreille.

«  Mes chers confrères j’ai la joie de vous annoncer que le dernier tueur vient de mourir cet après-midi. Nos enfants sont désormais vengés et ils peuvent reposer en paix. Paix à leurs âmes »

Toutes les personnes clamèrent à l’unisson :

« - Paix à leurs âmes ! »

Toutes les personnes se dispersèrent et seul resta le chef. Il emprunta la petite porte menant à Livingstone House. Il n’eut pas le temps de dire « ouf ! » qu’Holmes avait saisi son revolver et menaçait l’homme.

« - Où allez-vous cher monsieur ?

- Vous ici ! Quelle surprise !

- Conduisons cette personne à la maison, Watson. »

La police venait d’arriver accompagné de l’inspecteur Wexford. C’est un homme petit et chauve qui semblait s’ennuyer à mourir. Il n’arrêtait pas de bâiller à s’en décrocher la mâchoire.

« - Allons dans le salon interroger ce monsieur inspecteur. Il a des choses intéressantes à nous apprendre sur la secte de cette région.

- Qui êtes-vous monsieur pour donner des ordres ainsi ?

- Je m’appelle Sherlock Holmes et je suis ici sur la demande de Mlle Sonia Barlow. J’enquête sur les lumières du cimetière que vous n’avez pas pris au sérieux, inspecteur.

- Monsieur Holmes, pardonnez ma maladresse…

- Allons au salon. »

Holmes posa son revolver sur la table à manger. Tout le monde s’assirent. Holmes prit la parole :

« - Racontez votre histoire et n’omettez rien je vous prie, M Berckley.

- Je vois que je n’ai plus rien à perdre maintenant et de toute façon tout est fini. Vous êtes arrivé trop tard Holmes.

- Laissez-moi seul juge.

- Je m’appelle David Berckley et j’ai fondé cette secte comme vous dites, dans le but de venger nos enfants. Il y a trois ans mon fils est parti avec sa classe en voyage de fin d’études. Ils devaient aller jusqu’en Espagne en bateau. Ils ne sont jamais arrivés. Le bateau a explosé en route. Vingt-quatre enfants de quinze ans et treize passagers sont morts ce jour-là. Le rapport de police a fait mention d’une bombe mais les policiers n’ont pas su ou n’ont pas voulu poursuivre l’enquête. Avec les parents des enfants morts nous nous sommes réunis et avons décidé qu’il fallait les venger en éliminant ceux qui avaient placé la bombe.

Nous avions six personnages importants à éliminer. La police ne nous a pas aidés, elle avait peur de ces personnes.

- Laissez-moi poursuivre, déclara Holmes. Pendant trois mois vous avez éliminé ces personnes au rythme de deux par mois. Vous clôturiez ces disparitions par des cérémonies. Seulement vous aviez une voisine Mlle Barlow qui est venue me voir. Vous l’avez suivie. Vous êtes venu hier matin me menacer en me demandant d’oublier cette affaire. Mais je n’ai pas tenu compte de vos propos. Je me suis renseigné sur vous et rapidement j’ai compris l’essentiel de votre projet. J’ai engagé un acolyte pour vous dire que le dernier homme était mort, ce qui bien évidemment n’est pas le cas et j’ai observé les événements..

- Bien joué. Je n’ai plus rien à perdre de toute façon. Inspecteur vous pouvez m’emmener à présent. »

Après le départ des policiers Sonia, Watson et Holmes restèrent dans le salon :

- Pourquoi venait-il me voir ? demanda Sonia

- Il vous proposait des voyages pour vous éloigner temporairement afin que vous évitiez d’assister aux cérémonies et d’alerter la police.

- Comment avez-vous découvert ces faits Holmes ?

- Le journal Watson était ma première source d’information. J’y ai découvert un article traitant de l’explosion du bateau et une photo des parents proches des victimes. Je n’avais plus qu’à conclure.

- Pourquoi allumaient-ils des bougies ?

- Une vieille légende prétend que mettre une bougie allumée sur la tombe d’un parent proche aide à ranimer l’âme des morts.

 

FIN


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